Les plumes de l'été - R

Publié le par Nunzi

Plume.jpg

Je m'étais engagée à participer, et j'ai commencé à écrire le texte avant la mort de Cacharel. Je le publie donc, et mets le blog en pause pour huit jours . Merci à tous pour vos marques de soutien.

 

 

Commissaire Guillaume Berthier à l'appareil ?

 

Je sais ce que vous allez me dire : je ne suis pas de garde, sinon je serai au commissariat, et non tranquillement, dans mon lit, en train de dormir. Du moins, d’essayer. Donc il est totalement inutile que je me présente ainsi. Et bien non, car la seule personne qui peut m’appeler sur mon portable à quatre heures du matin ne peut qu’être…

 

 -Guillaume, c’est affreux.

 

Vous ne connaissez toujours pas l’identité de cette personne ? Normale, elle n’a pas jugé utile de se présenter, et il ne sert à rien que je lui fasse remarquer, elle ne m’écouterait pas. J’ai l’honneur de vous présenter ma sœur Juliette.


-          - Tu ne peux pas venir chercher Belladonne ?


Belladonne, Bella pour les intimes (moi) est le bouledogue français de Juliette. Elle est adorable, quand ma sœur ne l’affuble pas d’un charmant ruban rose « parce que c’est une fille ». Je suis contre les discriminations sexuelles, même envers les bouledogues baveux.

-          - C’est Benjamin. Il est en garde à vue. Il est accusé de meurtres.

-          - Il est dans quel commissariat ? Non, par pour y aller, pour lui trouver un avocat. Juliette, je n’ai pas le droit d’enquêter sur un membre de ma famille, et Paris n’est plus ma juridiction. Je peux cependant lui envoyer un bon avocat.


Nouvel appel. J’ai autant de chance de joindre maître Dévour que de trouver un ragondin dans mes placards. Il répond. Il faudra que je pense à vérifier mes placards. Non seulement il répond mais il accepte, sans râler devant l’heure indue. Il connaît mon cousin et le comprend, par personne interposée : si Benjamin est régisseur, Amy, la sœur de maître Dévour, est chef costumière.


Appel à Juliette, pour la rassurer. J’entends des voix en écho. Liette tend le téléphone à tante Olga, qui me remercie. Pas de quoi. Ma tante Olga, dont le prénom trahit l’origine russe, a eu le bonheur de mettre Benjamin au monde 35 ans plus tôt et de ne cesser de s'angoisser pour lui depuis.


Le lendemain, je vois dans la glace la récolte de cette nuit sans sommeil : des cernes qui pourraient presque faire croire que je me suis bagarré. Je retrouve mes collègues de nuit, qui ont l’air au bout du rouleau, mais aussi le lieutenant Pierre Pilchard et le capitaine Nicolas Perrat. Deux jours après mon arrivée, ce dernier m’a offert un rasoir électrique, je ne sais pas comment je dois le prendre.


Je craignais de rester sans nouvelle de Benjamin. J’oubliais ce magnifique instrument qu’est internet, et surtout, le goût d’un de mes collègues pour toutes les infos people (non, je ne vous dirai pas lequel des deux). Pas besoin de chercher bien loin : « une jeune actrice talentueuse retrouver morte dans un théâtre parisien ».

 

- Mon Dieu, c'est affreux ! s'exclame-t-il.

- Plus que l'enquête en cours ? Vous n'auriez pas mieux à faire ?

 

H. de Magny, commissaire divisionnaire, vient lire par-dessus son épaule. Elle et son frère sont les heureux propriétaires d’un manoir rococo qui gâche la vie depuis la naissance. Se rebeller en devenant flic est une chose, se rebeller en vendant la demeure de leurs aïeux en est une autre. Et avant que vous me le demandiez, H est l’initiale d’Hectoria. Je lui dis que le « suspect » arrêté était mon cousin.


- Ainsi, Jane Darcours se lançait dans le théâtre. Si elle n’était pas morte, je dirai que c’est rigolo. Vous ne connaissez pas Jane Darcours ? Mes enfants l’adorent. Elle était l’héroïne d’une série pour ados, Les rivages de la passion, une bluette dans laquelle des couples passent leur temps à roucouler ou à s’écharper, voire à roucouler en s’écharpant. Si elle avait du talent, elle avait la politesse de ne pas le montrer.

 

A midi trente, je recevais un sms : Benjamin libéré, accusation démontée. Juju. Bon, cela me remontait le moral alors Pierre et Nicolas venaient de se faire remonter les bretelles. Ils devaient expliquer à leur commandant bien aimé (moi, en l'occurence) comment ils avaient fait pour que le témoin (le té-moin, hein, pas un suspect) qu'ils étaient chargés d'aller interroger se fasse poignarder en pleine rue sous leur yeux.

 

- Nous regrettons....

- Vos regrets ne le feront pas sortir plus vite de l'hôpital. Qu'il franchisse le seuil de son bureau au moment où vous arriviez, soit, que vous vous disputiez parce que ... Non, je ne veux même pas savoir le sujet de votre dispute ! Qu'un homme se jette violemment sur lui, le poignarde et que vous ne soyez fichu ni l'un ni l'autre de décrire l'agresseur. A ce niveau d'incompétence, cela devient du grand art.

- Nous avons appelés les secours, intervint Pierre.

- Parce qu'en plus, vous envisagiez de le laisser se vider de son sang sur la chaussée ?

  Mon teint virait doucement au rubicond, osa-t-il.

- Chef, c'est pas bon pour votre santé.

- Combien de fois vous ai-je dit de ne pas l'appeler "chef" ? Vous vous croyez où ? Au far-west ? Vous croyez que vous allez concourir pour le rodéo annuel des Texas Rangers ? Rompez, disparaissez, faîtes ce que vous voulez, mais sortez !

 

C'est à ce moment que mon téléphone a bipé. J'allais enfin savoir ce qui s'était passé.

(à suivre).

Publié dans écriture

Commenter cet article

valentyne 03/08/2012 12:40

c'est qui "urgente" ??

Nunzi 03/08/2012 15:47



Urgente de Longuemare est le poney Shetland de Sharon. 



Valentyne 02/08/2012 13:14

bonjour Nunzi
je découvre ton blog et ton gout pour les polars : c'est très vivant, j'aime beaucoup ton ragondin dans le placard ;-)
Il faudra que je te présente Lubie de l'écho des écuries : vous devriez avoir des choses à vous dire (bon c'est une jument mais elle parle très bien le chat)
tiens un petit lien d'un blog vu récemment : des images qui devrait te plaire : http://leblogdeliberty.canalblog.com/archives/2012/07/30/24805837.html

bonne journée

Nunzi 02/08/2012 20:25



Bonjour Valentyne


Pas de soucis : je parle la ponette shetland couramment, grâce à Urgente, je pense donc pouvoir converser avec Lubie.


Merci pour le lien.



ceriat 26/07/2012 10:06

Une enquête commence, on dirait. :D Un style franc et direct associé à des histoires de familles, ça promet de beaux rebondissements. :D

Nunzi 26/07/2012 13:47



Merci : il faut juste que je les trouve.



Soene 15/07/2012 14:19

Une maîtresse qui lit, ça gratte forcément les papattes, n'est-ce pas Nunzi ? L'écriture va de paire avec la lecture, ou presque.
Tu as été bien inspirée, tu aimes les polars, comme Sharon ?
Faites une pause et reprenez vos activités, ça aide à surmonter les mauvais moments...
Bises d'O.

Nunzi 15/07/2012 21:14



Oui - je pense même que nous allons organiser un challenge toutes les deux.


Oui - mon auteur préférée est Lilian Jackson Braun.


Merci : je pratique la sieste à haute dose, quand Chablis ne vocalise pas.


Miaous chaleureux.



Aymeline 14/07/2012 21:54

un bon début de polar, mais vu les lectures de ta maîtresse ça ne m'étonne pas :)

Nunzi 15/07/2012 11:02



Merci Aymeline.