Les plumes de l'été - S

Publié le par Nunzi

Plume

Bonjour. Me voici de retour avec ma seconde participation au Plume de l'été, avec cette fois-ci, les plumes en S. Le premier épisode était ici, voici le second.

 

 

Du moins, c’est ce que je croyais. Juliette ne se montra pas bavarde au téléphone (ma chère sœur était-elle malade ?) Elle m’annonça que Benjamin m’attendrait au bistrot ce soir pour me remercier.

-Pas la peine, dis-je, alors qu’elle raccrochait.

Elle ne m’avait même pas demandé des nouvelles de son bouledogue baveux. Plus le temps de cogiter : la divisionnaire me demande de venir dans son bureau.

-          - J’ai un souci. Juste un souci. Et c’est à la fois délicat et stupide.

Elle marqua une pause après ce préambule. J’attendis. Oh, fort peu de temps.

-          - Mon frère m’a appelé. Vous ne le connaissez pas, pourtant je peux vous assurer que François n’est pas le genre à s’affoler pour un rien. Il ne croit pas du tout aux fantômes, aux esprits, dit-elle en ponctuant son discours de grands gestes du bras gauche. Pourtant, ce matin, il a trouvé que la porte-fenêtre du petit salon était grande ouverte. Je ne vous dis pas qu’il s’est aperçu qu’elle n’était pas fermée à clef, non, les deux battants étaient ouverts au maximum précisa-t-elle en mimant le geste.

-         -  Le vent ?

-        -  Elle donne sur une cour fermée, juste en face l’ancien logis de l’intendant. Il  faudrait vraiment un concours de circonstance inouï. Non. En outre, vu l’état de la toiture, un coup de vent ne passe pas inaperçu.

-          - Quelque chose a disparu ?

-         - Difficile à dire mais François croit que non. Il connaît chaque pièce exposé dans le château ou dans la chapelle. Même la sébile était en place – la chapelle est attenante au petit salon. Ne me posez pas de question, je n’ai pas dessiné les plans.

-         - Quelqu’un loge-t-il au château, à part votre frère ?

-       - Les chambres d’hôte n’étaient pas occupées, hier soir. Par  contre, la nouvelle guide dormait dans ce fameux logis de l’intendant – sa chambre est quasi-monacale. Elle dit n’avoir rien entendu de suspect. Mon frère vient tout juste de l’embaucher. Son nom est plutôt surprenant : Annunziata Degrande.

-          - Comment l’a-t-il recruté ?

-         -  Mon frère a engagé un webmaster pour créer notre site internet. Quand il lui a dit qu’il cherchait quelqu’un pour s’occuper des chambres d’hôtes et des visites, il lui a dit qu’il avait la personne qu’il lui fallait : sa sœur Annunziata. Elle est professeur à mi-temps, par choix, semble-t-il. Ce que je voudrais, c’est que vous preniez le matériel nécessaire et rassuriez mon frère. Je ne peux pas envoyer un membre de la scientifique, je crains…

-          - Des bavardages ?

-         -  Oui. Puis, vous êtes tout à fait capable de faire ceci sans en parler à quiconque.

L’après-midi défila à une vitesse folle. Monsieur Gauthier – notre malheureux témoin-victime – avait eu beaucoup de chance, son embonpoint lui avait été salutaire et avait empêché la lame de ce sadique de perforer un organe vital. Pierre et Nicolas avaient couru ventre à terre à l’hôpital pour prendre sa déposition. Monsieur Gauthier – Nicolas de son prénom – avait gardé un souvenir assez vif de son agresseur.

-         - Vif, dit-il en grimaçant, vous me flattez. Ce dont je me souviens le plus est son blouson car je ne connais personne qui en porte de cette couleur.  Je ne crois guère vous faire progresser ainsi.

Ils avaient tout de même obtenu un portrait robot assez présentable, ma foi. En sortant, ils croisèrent Mathieu C***. Non, je ne vous dirai pas son nom. Cette charmante personne a le don de me plonger dans la rage la plus profonde, même si l’impassibilité de mon visage me sauve à chaque fois. Il n’est pas allé au Liban, il ne connaît l’Afghanistan que de nom, n’a même jamais mis les pieds en région parisienne. Pourtant, il passe pour un grand reporter, avec sa tenue de baroudeur breveté. Pour la compléter, jamais un sourire : l’actualité est bien trop grave, qu’il s’agisse de l’augmentation préoccupante de la délinquance ou l’inauguration d’une nouvelle exposition. Il négociait ferme pour … non, je rêve… rencontrer la victime. Il pouvait toujours demander. Et rêver aussi. Cela ne l’empêcherait pas de nous pondre un délicat article nommé : « sauvage agression en centre ville ».

-          - Dommage, souffla Pierre, qu’on ne puisse pas l’assommer avec son clavier et lui faire bouffer la souris en même temps.

-         -  C’est la voix de la sagesse, mais ce ne serait pas sans soulever des questions d’éthique. Il faut sauver les reporters qui restent dans nos frontières.

Avant de me rendre au manoir des Magny, je repassais chez moi, histoire de vérifier mes placards. Pas de ragondin, mais Bella en train de mastiquer un de ses jouets. Je lui fis faire une courte promenade, avec lui avoir mis – contre son gré –un abominable harnais saumon. Encore une trouvaille de ma sœur ! J’attendais avec impatience la collection haute-couture canine de la saison prochaine pour savoir ce qu’elle lui mettrait cette fois-ci. Un collier pourpre ? Cognac ? Dire que Juliette n’a même pas l’excuse d’être daltonienne. Vous ne m’entendez pas, mais je vous assure que j’ai poussé de nombreux soupirs.

François de Magny m’attendait à la grille du château, qu’il ouvrit lui-même, Annunziata Degrande derrière lui. Lui dont la soeur aînée avait vanté le calme paraissait très anxieux.

-          - C’est ici.

Vous avez sans doute remarqué qu’à chaque fois qu’un auteur veut annoncer un phénomène surnaturel, ou un peu bizarre, ou juste un petit truc qui sort de l’ordinaire, il ressent le besoin dire : « je ressentis soudain un froid m’envahir » ou bien « un frisson parcourut ma nuque » ou encore « mes cheveux se dressèrent ». Là, rien. Rien de tout cela. Ce que je sentais par contre était la peur de François de Magny, et l’agacement d’Annunziata. Je l’interrogeai dès que j’eus fini les relevés, et que monsieur le baron eut bien voulu me donner quartier libre. Il devait se croire encore sous l'ancien régime.

Annunziata se rendit dans la cuisine, sa pièce préférée, loin des fauteuils de soie précieux et fannés des salons.

-         -  Ici, je me sens en sécurité, même s’il n’y a pas de fenêtre, juste deux portes et un œil de bœuf. Il est difficile d’être surpris ici.

-          -Vous avez été surprise la nuit dernière.

-          - Non, mais ce matin, oui. C’est moi qui ai trouvé la porte fenêtre ouverte, ai prévenu mon patron... Je n'ai pas du tout aimé cela.

-         - Pourquoi ?

-        - Parce que François de Magny suit un parcours très précis pour vérifier que chaque porte et chaque fenêtre sont correctement verrouillées. Je le comprends d’autant mieux que je fais exactement la même chose chez moi, et maintenant, pour les chambres d’hôte – quand elles sont vides. Si quelqu’un s’est introduit ici, c’est pour nous effrayer – lui ou moi. Ce soir, je rentre sur Dijon et monsieur le baron aussi, m'a-t-il dit.

- Vous avez peur ?

Elle indiqua du menton le salon, d'où nous parvenaient des éclats de voix suraïgus. Monsieur le baron était au téléphone avec sa soeur et se plaignait de mon incompétence. Je ne pouvais inventer des empreintes là où il n'y en avait pas. Pas même celles que j'aurai dû trouver. A moins que François de Magny ne fermât les volets en mettant des gants.

- Ce matin, c'était pire. Je ne subirai pas une seconde crise d'hystérie. Je crois d'ailleurs que je suis virée, il me l'a dit au moins trois fois.

La porte s'ouvrit brusquement. Je me demandai comment quelqu'un d'aussi changeant pouvait être le frère de notre si calme divisionnaire.

- Vous pouvez partir, une autre spécialiste vient. Une spécialiste des fantômes.

- Non, je reste, dit Annunziata Degrande. Je ne veux surtout pas rater cela. Pas vous ? (à suivre).


 

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ceriat 26/07/2012 10:20

Ton texte est prometteur, et j'attends la suite. :D

Nunzi 26/07/2012 13:46



Merci Cériat.



Aymeline 25/07/2012 19:29

cette affaire est prometteuse, j'ai hâte d'en lire la suite :)

Nunzi 25/07/2012 20:03



Il faut pour cela que je parvienne à l'écrire, et ce n'est pas gagné !



elcanardo 24/07/2012 15:27

Et bien à l'instar des autres lecteurs, je vais patienter jusqu'au prochain épisode ! Bien écrit et prenant, tout ce que j'aime !

Coincoins fans

Nunzi 24/07/2012 15:50



Merci !


J'ai commencé à l'écrire.



Syl. 23/07/2012 17:34

Bah ! c'est sûr, je reste moi aussi ! Plus on est de fous...

Nunzi 23/07/2012 19:47



Oui, plus on est de fou... sauf que je n'ai toujours pas vraiment d'idée pour la suite.



'ai hâte de voiAsphodèle 22/07/2012 19:34

Je suis passée pour relire et c'est vraiment passionnant, et l'humour qui pointe derrière est délicieux ! Je relis car j'en lis tellement le samedi matin que je n'arrive pas toujours à imprimer, tu
sais bien que j'ai la mémoire qui flanche depuis quelques mois !!^^ j'ai hâte d'avoir la suite !!!

Nunzi 22/07/2012 20:16



Merci Asphodèle : le soucis, c'est que je n'ai pas vraiment d'idée de quoi la suite sera faite.....