Les plumes de l'été - U

Publié le par Nunzi

PlumeVoici la suite des aventures du commissaire Berthier et de ses amis. La collecte des plumes en -U comprend : utopique – unique – us – ubiquité – ustensile – urgent – usufruit – universel – utile – usuel – usine – usurper – ultimatum – uppercut – utérus – urbain – usé – union – utopie – uchronie.

 

Depuis un peu plus de deux heures, je me tournais et me retournais sur ce magnifique lit dont le matelas avait la délicatesse d’une planche à clous rouillés. N’y tenant plus, je décidai d’aller faire une ronde dans le manoir – au cas où.

Par le plus grand des hasards, cette ronde me mena dans la cuisine, la seule pièce de la maison dont je connaissais le chemin, en dehors de ce fameux petit salon qui nous cassait bien les pieds. Je m’avançais doucement, car je vis de la lumière. Bon ! disais-je en moi-même, un cambrioleur n’allume pas, il n’est pas stupide à ce point, surtout que la cuisine n’est franchement pas le lieu où l’on range d’habitude les objets précieux, mais plutôt les ustensiles propres à préparer des mets délicieux. J’ouvris donc délicatement la porte, et là…

-          AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAh !

-          Chut ! dit Imogène d’Arcy, car c’était bien elle qui se tenait devant moi, un mug d’une main, un paquet de biscuit dans l’autre. Vous tenez à réveiller François ? murmura-t-elle. J’ai déjà eu tellement de mal à l’endormir, ne me forcez pas à lui expliquer à nouveau l'usufruit locatif social, entré en vigueur en 2009 : cela l'endort à tous les coups.

 - Là, là… bégayais-je en montrant du doigt la… le… enfin… l’apparition qui était assise sur la hotte.

-          Je me disais aussi : vous le voyez n’est-ce pas ? J’étais sûr que vous étiez comme moi. Vous voulez un café ? Je crois que j’en ai fait suffisamment pour deux. Puis, ce n’est pas comme si nous devions dormir cette nuit.

 

Je ne m’habituais pas, je ne m’habituerai jamais. Les apparitions avaient commencé il y a trois ans, après mon premier accident du travail. J’avais eu beau passer des examens, tout était normal – et je n’allais pas parler de ces visions autour de moi. Tant qu’elles ne me parlaient pas, tant qu’elles ne me demandaient rien, je faisais comme si je ne les voyais pas.

 

-          Nice to meet you.

-          Je parle pas anglais.

-          Mon grand-père ne parle pas français.

 

J’aurai dû m’en douter. En face de moi, se tenait un fier Highlander aux cheveux roux et en costume traditionnel. Il ne manquait plus que la cornemuse.

-          Il ne devrait pas être en Ecosse ?

-          Même s’il ne vous comprend pas, je peux traduire, vous savez. Quand ma mère et mon oncle sont venus vivre en France il y a presque quarante ans, ma grand-mère a quitté l’Ecosse pour la France, et mon grand-père, qui était mort depuis quinze ans, a suivi ma grand-mère. Oui, mon grand-père est mort à l’âge que j’ai aujourd’hui. Je lui ai demandé de venir, dit-elle en posant sa main sur le bras translucide, afin qu’il vérifie par lui-même qu’aucun fantôme ne se cache ici.

Je grommelai que j’aurai pu lui dire moi-même.

-         Mon grand-père peut aller dans des endroits qui ne me sont pas accessibles – et à vous non plus. Il y a bien une fantôme ici, mais elle a un sale caractère et n’a aucune envie d’être dérangée.

Super. Affronter une fantôme en furie manquait à mon palmarès.

-          Ne vous inquiétez pas, elle hante le boudoir du premier étage depuis cent cinquante ans, et n’a strictement aucune envie de parler à des jeunots comme mon grand-père. Elle tient à rester l’unique fantôme du boudoir.

-          Du boudoir ?

-          Oui. Un certain Urbain de Magny se promène dans les écuries, de temps en temps. Il n’était pas très doué pour l’équitation, et il a chu dans les écuries même, ce qui le tua sur le coup.

-          Excusez-moi mais, vous ne trouvez pas que cela sent le brûlé ?

 

Simplifions la situation. Il est quatre heures du matin. Annunziata Degrande n’a même pas le courage de piquer une crise de nerf, ce qui m’arrange bien. J’essaie d’expliquer au capitaine des pompiers que je suis commissaire de police et que c’est tout à fait par hasard que je me trouvais sur les lieus et je ne me sentais vraiment pas très utile au milieu d’eux. Ils venaient à peine de circonscrire l’incendie qu’Hectoria de Magny arrivait.

Là, par contre, je n’avais pas vraiment d’explication qui tenait la route.

-          Qui l’a prévenue, soufflai-je à Imogène.

-          Son frère, pour la rassurer. C’est réussi. Il n’était pas urgent de lui apprendre ce minuscule incident.

 

Elle en avait de bonne ! L’incendie avait débuté dans le grand salon, juste à côté de la cuisine où nous étions. Pendant que je prévenais les pompiers – le téléphone était dans la cuisine – Imogène courait réveiller François et Annunziata. Je ne m’étendrais pas sur l’étendue des dégâts, nous étions sains et saufs, pas même intoxiqués, et c’était une consolation universelle. Pendant que je discours ainsi, Hectoria descend de sa voiture usée, s’approche de son frère, lui aboie des mots que je ne parviens à entendre à cause du bruit, s’approche de nous – il serait utopique de penser que je ne vais pas en prendre pour mon grade – et se mit à injurier frénétiquement Imogène. J’avais encore raté un chapitre de cette sublime uchronie qui m’était conté là – non, parce que vous n’allez pas me faire croire que je n’allais pas bientôt me réveiller, et constater que tout ceci n’était qu’une immense divagation de mon subconscient.

-          Guillaume, vous m’écoutez oui ou non ?

 

Nous formions une belle brochette de cinglés, permettez moi de le dire ainsi. J’avais beau être dans cette voiture qui était sorti de l’usine alors que moi-même je devais être encore au lycée, je nous voyais très bien, comme si j’avais acquis un don d’ubiquité. Derrière le volant, Hectoria de Magny, à ses côtés, votre serviteur, et ce titre n’était pas usurpé. Sur la banquette arrière, Annunziata Degrande, en pyjama à fleurs, tandis que François de Magny serrait contre lui Imogène d’Arcy. Le tableau serait incomplet si je ne vous précisais que dans le coffre, se tenait Utopie de Vallombreuses, le labrador du commissaire, mais surtout le grand-père d’Imogène d’Arcy et La furie du boudoir, qui se plaignait qu’elle ne supportait pas les chiens qui bavent et qui perdent leurs poils, qu’elle n’aimait que les chats, et je vous en passe et des meilleurs. Bon. Ce qui me gênait vraiment n’était pas ses babillages, non, c’étaient les regards énamourés de Perry McKellen sur La Furie en question. Des histoires d’amour étaient-elles possibles entre fantômes ? A paraître bientôt : les us et coutumes des spectres par Guillaume Wladyslaw (je prends un pseudo, je ne tiens pas à griller ma carrière de poulet). Entendons maintenant ce que nous disions :

-          Euh, commissaire, nous pourrions peut-être rentrer dans le château ? Le feu est éteint, les pompiers sont repartis.

-          Hectoria, Guillaume a raison, nous n’allons pas passer la nuit dans la voiture.

Annunziata grogna : « mieux vaut la voiture que l’ambulance ».

-          L’incendie n’est pas dû à ses causes universelles que sont les courts-circuits et autres négligences usuelles. Je tiens à vous rassurer madame Badinsky

Mais de qui parlait-elle ?

-          La bouilloire dont vous vous êtes servie est hors de cause. En revanche, je voudrai bien savoir qui nous en veut suffisamment pour essayer de nous chasser de chez nous !

Elle ne criait pas, mais sa colère rentrée était palpable.

 

-          - Stop !  hurlai-je et tous les regards de se tourner vers moi, y compris ceux de Perry et Furie. Si nous mettons bout à bout tous les criminels auxquels vous avez fait connaître l’univers carcéral, leur famille, nous en avons pour la fin de la nuit. Demain, nous verrons. Pour l’instant, je veux dormir, et pas me faire cramer pour une histoire de vengeance."

 J   Je n’aurai pas dû prononcer le mot : Hectoria comprit à qui je faisais allusion. C’était parti pour un nouveau round de dispute. Annunziata en avait profité pour s’endormir, je me demande bien comment elle faisait (à suivre).

 

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Soène 07/08/2012 12:05

Me voilà, Nunzi, ne t'inquiète pas !
J'ai bien fait de commencer ma lecture chez toi aujourd'hui, tu m'as pris du temps ! Moi aussi je n'aime pas trop les fantômes... On sent que tu as pris du plaisir à chauffer tes coussinets pour
écrire toute cette histoire qui t'entraîne dans un joyeux délire.
Mais ne profite pas de la semaine de mini-pause d'Aspho pour te triturer les méninges !
Bisous à partager entre vous !

Nunzi 07/08/2012 12:27



Pas de soucis Soène ! Je suis ravie de ta visite !


C'est sûr que je suis allée dans une direction bien différente de celle que je pensais prendre au premier texte.


Pas trop de soucis, j'ai juste trouvé le nouveau rebondissement pour le prochain texte. Puis, demain, c'est l'anniversaire de mon fils bien aimé, je serai donc très occupée.


Merci !


Miaous chaleureux.



elcanardo 07/08/2012 10:41

... Une grande batisse, un feu vengeur, des apparitions, des suspects et une pléiade de personnages... Il y a de quoi creuser effectivement. Encore une semaine à patienter. Il n'y a pas le feu !
;-)

Coincoins de suspension

Nunzi 07/08/2012 10:47



J'ai trouvé ! Une brusque illumination hier soir.


Miaous affectueux.



Catherine 06/08/2012 13:23

Des bruits ? Un violent orage ? Je compte sur toi, tu veux bien trouver !!! Tu as presque deux semaines pour réfléchir !

Nunzi 06/08/2012 13:30



Merci Catherine.


J'ai pensé à plus inattendu encore....



Catherine 06/08/2012 12:37

Enfin le temps de lire ton texte, Nunzi ! Oh la la, ça devient chaud ! Vivement la suite, dans deux semaines !

Nunzi 06/08/2012 13:16



Oui, brûlant même . Pour l'instant, je cherche un nouveau moyen de pourrir définitivement la nuit de mes personnages.



Valentyne 06/08/2012 12:34

imogène d'Arcy : j'adore ce nom :-) la fille d'exbrayat et de Jane Austen ?

Nunzi 06/08/2012 13:14



Pour Exbarayat, oui, pour d'Arcy, non : j'ai emprunté le nom à un acteur dont Sharon est un peu fan (je dis "un peu" car elle n'est pas fan au point d'aller voir tous ses films).