Les plumes de l'été - T

Publié le par Nunzi

Plume

Voici les plumes de l'été en -t. A la suite d'un soucis technique, j'ai perdu la moitié du texte et je l'ai reconstitué comme j'ai pu. J'espère qu'il ne manque rien.

 

Si, j’aurai volontiers raté cette rencontre. Parce que, franchement, il n’était pas besoin de « spécialiste » pour savoir qu’il n’y avait pas de fantôme dans cette pièce. Je pouvais le certifier.

-          - Mon cousin m’attend.

-       - Il est à Paris, je crois, et vous à Dijon. Vous comptiez prendre le TGV ?

La prochaine fois que je la verrai, c'est à dire demain, je rappelerai au commissaire divisionnaire que son frère pouvait être particulièrement exaspérant, en plus de changer d’humeur en moins de temps qu'il ne m'en fallait pour l'écrire. Chat, webcam, cybercafé, son altesse comtesque connaissait-il ?

-          Vous pouvez vous servir de mon ordinateur, si vous le souhaitez.

Non, sans façon. S’il tombait en panne au moment où je l’utilisais, il imaginerait encore qu’un esprit s’était introduit dans le disque dur, ou autre explication de même tonneau.

J’avais à peine eu le temps d’envoyer un sms à Benjamin lui parlant d’un contretemps professionnel que la spécialiste des fantômes arrivait, en faisant claquer la portière de sa voiture. Je m’étais imaginé une gothique, en pleine communion avec les esprits, ou une hippie attardée, vivant dans un tipi et transportant son totem avec elle. Je ne m’attendais pas à me retrouver en face d’une mini-tornade blonde en strict tailleur en tweed. En la voyant, François parut transfiguré.

-          Imogène, je suis ravi que tu aies accepté de venir, dit-il en lui tendant les mains. Elle fit un magnifique détour.

-          Ravi d’apprendre que tu m’en laissais le choix. C’est ici que cela s’est passé ?

-          Oui, grommelai-je, apparemment. C’est arrivé ce matin.

-          Non, je ne parle pas de cet incident. Je veux savoir si CELA s’est passé ICI.

J’aurai bien aimé savoir ce qu’elle entendait par là. Sauf qu’un fracas terrible nous interrompit. François de Magny venait de s’évanouir, renversant au passage une table et un service à thé complet.

Je vous passe sous silence la joie que nous avons eu à le réanimer (« j’aurai dû faire preuve de plus de diplomatie » précisa Imogène), les cris d’Annunziata qui menaçait de tourner de l’œil elle aussi, le bonheur d’aider monsieur le comte, qui ne se sentait pas bien, à regagner sa chambre. J’étais cependant un grand privilégié : ce n’est pas moi qui dus lui tenir la main et lui assurer que non, je ne partirai pas cette nuit, je dormirai sur le canapé, ou même par terre si nécessaire. Mais non, pas de soucis, j'avais dîner. Il restait des tomates dans le réfrigérateur. Vraiment, François, tu es trop sympa.

Il n’empêche, j’avais hâte de poser des questions à cette chasseuse de fantômes, et j’avais beau me triturer les méninges, je ne pouvais pas faire comme si j’étais là officiellement et …

-          Au fait, intervint-elle, me ramenant sur terre, je ne me suis pas présentée, Imogène d’Arcy.

-          Guillaume Berthier, bredouillai-je.

-          Ah, vous êtes le nouveau commissaire. Hectoria n’est pas fâchée d’avoir une équipe plus soudée.

-          Vous êtes vraiment une spécialiste des fantômes ? demanda Annunziata.

-          Non, dit-elle. Je suis clerc de notaire à l’étude de maître Magny. Mais si vous me posiez la question : « croyez-vous aux fantômes ? », ma réponse est oui. Je crois même tellement en eux que je puis vous certifier une chose : un pur esprit n’a pas besoin d’ouvrir une porte-fenêtre pour sortir, d’où j’en déduis que quelqu’un veut faire peur à François et que c’est réussi.

-          Vous, peut-être ? lançai-je.

-          J’ai eu une idée encore plus brillante : Hectoria ! Seulement, ni elle ni François ne vendront jamais ce manoir, à moins d’être entièrement ruinés, et ce n’est pas le cas.

Je lui posais enfin la question qui me titillait l’esprit : qu’avait-elle voulu dire par « cela » et « ici » ?

-         Pas autant de choses que vous le croyez. Le peu que je sais, je le tiens de ma grand-mère. Hectoria avait quatorze ans, et François six quand leur mère est morte, ici même : quand elle s’est su condamnée, elle a voulu mourir dans son manoir.

-         C’est pour cette raison qu’ils ne vendront jamais.

-         Brillant esprit de déduction, commenta-t-elle d’un ton neutre. Monsieur de Magny s’est remarié six mois après la mort de sa femme.

Annunziata ne put retenir une exclamation.

-          Monsieur le comte n’avait pas de temps à perdre, il souhaitait un héritier.

-          Là, par contre, je ne comprends pas…

-          François a toujours été de santé fragile, toujours d’après ma grand-mère, et son père pensait qu’il ne ferait pas long feu.

-          Quel salopard, souffla Annunziata.

-          Vous êtes trop gentille. Je saute dix-huit mois, Hectoria rentre du lycée, le bus la dépose à l’arrêt juste devant le manoir. Elle passe devant un des salons, je sais maintenant que c’est celui où nous nous sommes tenus, elle voit le bras de sa belle-mère qui pend par-dessus l’accoudoir, et surtout une flaque de sang. Elle est rentrée, et elle a appelé les secours. Il n’y avait plus rien à faire.

-          Un suicide ? Elle s’était tailladé les veines ou …

-          Je n’en sais pas plus, je sais simplement que cette vision hante encore Hectoria.  Mais je n’ai pas terminé. La police est venue, ils ont voulu l’entendre comme témoin en présence de son père, et c’est là qu’ils l’ont retrouvé, mort lui aussi, dans son bureau. Les conclusions de l’enquête sont meurtre suivi de suicide, affaire classée.

-          Mais qui a tué qui ? murmura Annunziata, recroquevillée comme une tortue dans son coin.

-          L’enquête a conclu que c’était madame de Magny qui avait tué son mari avant de se suicider. Elle n’a pas eu droit à des obsèques religieuses, lui oui.

Je pressentais surtout que mademoiselle Degrande n’allait pas tarder à craquer et que j’allais devoir demander son transfert dans une maison de repos. Elle finirait quand, cette soirée ?

 

Et bien, ce n'était pas encore pour tout de suite, car madame le commissaire divisionnaire appela. Zone de turbulences en vue. Imogène mit le haut-parleur et raconta notre peu glorieuse soirée. Hectoria de Magny était touchée, à n'en pas douter.

- Je ne laisserai personne nous chasser d'ici en exploitant la fragilité de mon frère. Je compte sur vous cette nuit. Je ne veux pas qu'il lui fasse du mal.

Elle raccrocha avant que j'ai eu le temps de lui demander qui était ce "il".

- Je crois qu'une belle nuit de galère commence, commenta notre chère clerc de notaire.

Elle ne croyait pas si bien dire (à suivre).

 

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Commenter cet article

ceriat 29/07/2012 15:06

Tien il y a des fantômes aussi chez toi. ;-) J'attends la suite avec impatience. :D J'aime bien la manière dont tu manie les mots. :D

Nunzi 29/07/2012 17:45



Oui - ou du moins, il y en a un, un peu encombrant.


Merci beaucoup Cériat !



Oncle Dan 28/07/2012 18:45

Quelle enquête ! Mais quelle enquête...

Nunzi 28/07/2012 19:12



Merci !



chanone 28/07/2012 18:13

suspens suspens !
à la semaine prochaine alors ! bon Dimanche ! ;)

Nunzi 28/07/2012 19:12



Merci Chanone !


Bon dimanche à toi aussi !



Soene 28/07/2012 17:10

Bravo, Nunzi, tu y prends goût aux Plumes d'Aspho et tu as adopté son clavier gif !
Quelle histoire, heureusement qu'il te reste encore quelques lettres pour en découdre !
@ suivre...
bon dimanche pour toute la maisonnée !

Nunzi 28/07/2012 19:09



Oui - je me demande d'ailleurs quel prochain mot je peux proposer...


Merci : bon dimanche également.



Syl. 28/07/2012 14:31

Il y a un petit "s" qui s'est perdu !
Bravo Nunzi

Nunzi 28/07/2012 19:09



Ce sont des choses qui arrivent. Dans la suite du texte, c'est un fantôme qui risque de s'égarer. Je ne sais pas encire...


Merci !