Les plumes de l'été - Z

Publié le par Nunzi

Plume 

Ma participation aux plumes de l'été - Z

 

 

Je dis ça, je ne dis rien, car la porte s’ouvrit, et là, j’eus l’impression qu’un immense souffle glacé rentrait dans le salon. J’étais encore plus dérangé par le fait que j’étais incapable de bouger, les de Magny semblaient avoir glissé dans l’inconscient, tout comme Annunziata. Restait Imogène : elle me regarda, regarda à travers la porte ouverte et ses yeux s’écarquillèrent. Les miens aussi, sans doute, parce que je cherchais ce qu’elle pouvait bien apercevoir tandis que moi, je ne voyais pas du tout.

 

Enfin, une jeune femme s’avança, elle avait de longs cheveux bruns, dénoués sur ses épaules, et portait une longue robe rouge, tirant sur le zinzolin pour être précis. Elle avança de quelques pas, d’une démarche somnambulique, et s’écroula de tout son long. Imogène s’ébroua et se précipita vers elle. Je tentais de faire de même, malheureusement, j’étais toujours paralysé et conscient (toujours ça de pris, me direz-vous).


-          C’est Emilie de Varèse, me souffla Imogène.


Elle l’installa sur le sofa, avec difficulté (Emilie était plus grande et plus costaud qu’Imogène, ce n’était pas très difficile), lui passa la main devant les yeux, zéro réaction. En revanche, Imogène se retourna brusquement, comme si quelqu’un l’appelait, et se précipita hors de la maison.

 

Je m’interromps. Non, restez zen, vous aurez la fin de l’histoire, je ne vais pas me lancer dans une longue digression sur le concert de Placebo au Zénith de Paris en 2011 ou disserter sur le fait que les Zouaves et les Zoulous ne se sont jamais rencontrés (voir le musée d’Epinal sur ce point). Simplement, pendant une demi-heure, qui me sembla une éternité, Imogène resta dans le jardin et moi, je recouvrai peu à peu ma mobilité. J’allai enfin la rejoindre, à la vitesse d’une tortue arthritique, quand elle rentra. Elle était à peu près dans le même état qu’Emilie de Varèse.


-          On est très mal, me souffla-t-elle. J’espère simplement que les de Magny n’ont toujours aucune notion du temps. Emilie est la responsable de tout ce qui s’est passée au château. Je n’ose même pas vous dire son mobile. Aidez-moi à la remettre dans l’entrée, il faut que la scène ait l’air naturel.


Emilie de Varèse avait surtout l’air zinzin, et moi, j’avais la désagréable impression de rejouer la scène. Un signal strident nous parvint du jardin, Hectoria, son frère et Annunziata s’ébrouèrent.


-     Entrez ! redit Hectoria. Imogène alla ouvrir, et Emilie s’écroula de ton son long sur elle. La soirée avait été rude pour notre chasseuse de fantôme. Malheureusement pour elle, il n’y avait pas de médecin dans la salle, pas même un vétérinaire, seulement deux notaires. Nous en fûmes quitte pour appeler son frère Loïc, qui commença par nous dire qu’il n’avait pas le temps, car sa sœur s’était enfuie de la maison de repos, nommée la Zigourrat, où elle aurait dû se reposer.


-     Justement, monsieur de Varèse, grinça Hectoria, elle se repose sur mon canapé, et j’aimerai qu’elle aille se reposer ailleurs.


François avait placé sur ses épaules une couverture sur laquelle couraient des zèbres et des lions – un vrai zoo ! Emilie ne montra strictement aucun signe de conscience, même lorsque son frère se présenta.


-          J’ai un aveu à vous faire, dit-il alors que deux infirmiers soutenaient Emilie jusqu’à l’ambulance.

-          N’ouliez pas que vous parlez devant deux officiers de police, répliqua Hectoria, très en forme après sa sieste forcée.

-          Je crains que ma sœur ne vous ai fait des petites farces très innocentes.

Il tendit à Hectoria une clef qu’elle reconnut immédiatement, tant sa forme était particulière.

-          Demain, 8 heures, à mon bureau, dit-elle d’une voix qui avait la douceur du zéphyr. Avec votre avocat si nécessaire.


Je le plaignais sincèrement, c’est en témoignant son immense douceur et son exquise mansuétude que notre chef devenait l’une des plus grandes zélatrices de la réhabilitation de la torture en France. Ses ancêtres appartenaient au farouche régiment des Dragons de Louis XIV, ils avaient fait des merveilles, disait-on, pour convertir les protestants.


Ce qui se dit le lendemain ne m’intéressa guère : Emilie était folle amoureuse de François, qui lui était amoureux d’Imogène, et Emilie, chasseuse de fantôme également, avait agi ainsi en connaissant les croyances de son bien-aimé. Elle avait espéré qu’il l’appellerait, et qu’ils se rapprocheraient. Pas de chance : des deux illuminées, il avait choisi sans zigzaguer la moins timbrée, et la plus aimée. Bizarre, je ne croyais pas à cette version des faits.


-          Quand allez-vous vous marier ?

Je questionnais ainsi Imogène d’Arcy, quinze jours après les événements que je vous ai narré. Elle ne s'était pas vraiment remise des événements de la soirée elle non plus, comme le montrait sa propension à broder une tapisserie avec des lions dessus - le signe du Zodiaque de François.


-          Aucune idée. François de Magny doit demander officiellement ma main à mon père, et mon père est suffisamment censé pour voir cette union d’un mauvais œil. Le descendant d'un Dragon du roi et une protestante convaincue... IL y a encore deux générations, notre union aurait semé la zizanie, surtout que je suis divorcée.


Je lui demandais ce qu’elle avait vu ce soir-là.


- Je ne suis pas sûre que tu aies envie de le savoir.

-Dis toujours. Des fantômes ?

-Il est des secrets qu’il vaut mieux porter seule. C’est moi qui vivrais au château de Magny, pas toi.J'éviterai de jouer de la cornemuse pendant quelques temps, j'écouterai plutôt des opérettes, voire même des zarzuelas, cela les défrisera.

- Qui ? Un zeste de suspense, c'est bien, mais...

- Emilie a mis le feu pour chasser les intrus qu'elle avait perçu. C'est leur vision qui l'a plongée dans cet état de catalepsie. Ils l'ont évacuée parce qu'ils ne voulaient pas qu'elle cause plus de dégâts.

- Qui , ils ?

Elle m'énervait sérieusement, l'Imogène d'Arcy, fille d'Arthur d'Arcy et de Piper Mc Kellen

- Emeline de Magny, d'abord, et celui qui m'a parlé m'a dit s'appeler Russel. Un charmant couple. De vampires.

 

Là, on est mal.

- Je ne te le fais pas dire, conclut Imogène.

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Commenter cet article

valentyne 03/09/2012 08:56

Elle n'a pas une vie facile ta chasseuse de fantôme ;-)
Bien vu la maison de repos qui s'appelle la Ziggourat ;-)
Bonne semaine Nunzi ;-)

Nunzi 03/09/2012 21:45



Et encore, si tu savais tout ce que je sais sur elle.


Bonne semaine Valentyne !



elcanardo 02/09/2012 21:51

J'en ai les dents (non pointues) qui claquent ! Des vampires !!! :-D Au diapason des autres comments, je suis fan ! Bravo ! La suite chez miss Livia ?

Coincoins sanguinolents

Nunzi 03/09/2012 21:46



Pour qu'il y ait suite, il faudrait déjà que j'ai l'idée d'une suite, et pour l'instant, elle est très vague.


Merci : miaous chaleureux.



ceriat 02/09/2012 18:50

Après les fantômes, des vampires, chouette alors. :D J'adooore ! :D Quel suspens, vivement la suite. :D

Nunzi 03/09/2012 21:47



Merci Cériat.


Elle me reste à inventer. Par contre, je caresse l'idée d'un préquel (comment Guillaume s'est-il mis à voir des fantômes ?).



belladonnachichi 01/09/2012 20:40

Je suis en admiration car incapable d’avoir une telle imagination…
La suite de chez Olivia ?...

:)

Nunzi 01/09/2012 20:51



Merci : je t'assure que j'ai pourtant l'impression de manquer cruellement d'imagination !


Je crains que non : avec la reprise, Sharon et moi nous aurons du mal à tenir les délais de publication.



Catherine 01/09/2012 19:28

Quel talent, Nunzi ! J'ai adoré ce feuilleton !
Alors c'est fini ? Dommage...
Bon weekend.

Nunzi 01/09/2012 20:52



Merci Catherine.


J'aurai aimé continuer, malheureusement, le temps manquera.


Bon weekend à toi aussi !